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La France ne sera plus une grande puissance

Dans « Comprendre le malheur français » (Stock), le cofondateur de « Le Débat » analyse les splendeurs et misères françaises. Et veut croire en un sursaut.

Entretien avec Marcel Gauchet publié dans Le Point, 2270, 10 mars 2016.
Propos recueillis par Saïd Mahrane.

Extrait
« La lucidité sur sa position est le commencement d’un exercice pertinent de la volonté. Nous ne serons plus une grande puissance, c’est-à-dire un pays qui, par ses capacités économiques et militaires, a les moyens d’influer sur la marche du monde en dictant ses solutions. En vérité, le projet de puissance est en train de perdre son sens. Nous avons basculé dans un monde où l’hégémonisme est en voie de disparition. C’est ailleurs, sur d’autres terrains, que le principal se joue. A défaut de puissance, il nous reste l’excellence et l’exemplarité dans les limites de nos moyens. La politique, la culture, la science, tout cela reste à notre portée. Nous avons eu jadis une école remarquable. Qu’est-ce qui nous empêche de retrouver cette qualité ? Que pouvons-nous faire vivre de notre grand passé ? Cette question devrait porter l’ambition d’un grand politique, mais nous n’avons, hélas, que de petits ambitieux. » (Marcel Gauchet)

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Entretien

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Marcel Gauchet : « Je suis et je reste fondamentalement socialiste »

Entretien avec Marcel Gauchet publié par lemonde.fr le 10 mars 2016.
Propos recueillis par Nicolas Weill.

Vous avez, en 2014, fait l’objet de mises en cause. Certains se sont étonnés que vous ayez été choisi pour prononcer la leçon inaugurale des Rendez-vous de l’histoire, à Blois, consacrés aux « rebelles », en vous reprochant votre alignement sur l’idéologie néolibérale, un culte de l’autorité, un refus conservateur à prendre en compte des alternatives à l’ordre existant. Votre dernier ouvrage, « Comprendre le malheur français », constitue-t-il une réponse à vos détracteurs ?
Non, puisque sa préparation était engagée depuis 2012. Les détracteurs dont vous parlez, qui ne m’ont pas lu, ne me soucient pas beaucoup. J’ai d’ailleurs beaucoup hésité avant de me lancer. Ce qui m’a décidé, c’est l’état de dépression civique et le sentiment de désespoir suscités par la situation de ce pays. Nous sommes partis de la déception très vite éprouvée sur le compte de François Hollande, un président sur lequel j’avais fondé quelques espoirs après le côté absurdement clivant de Sarkozy. J’espérais qu’il ne serait pas un « postmoderne » et qu’il allait réinstaurer un débat civique normal. Mais il s’est vite révélé que les choses n’allaient faire que s’aggraver. Nous sommes moins que jamais capables de procéder à un examen de conscience collectif. Que se passe-t-il en France pour que nous arrivions à un tel blocage politique avec, pour résultat inévitable, une montée de l’extrême droite, qui me navre ? Non qu’il y ait un péril de dictature totalitaire immédiat, on n’en est pas là. Mais je vois le chaos rampant qui s’installe dans le système politique du fait d’un tripartisme contre-nature qui nous menace d’une paralysie politique à laquelle je me résigne d’autant moins que nous avons par ailleurs toutes les ressources pour sortir de cette situation. Il s’agit d’une crise générale qui touche la droite autant que la gauche. Pour 2017 les gens se contentent d’espérer éviter la catastrophe que serait le Front national au pouvoir. En dehors de cela, ou bien Hollande est reconduit et la déprime continue ; ou le candidat de droite l’emporte et cela ne change rien. Je préfère éviter Sarkozy, qui risque d’être animé par une dangereuse soif de revanche. Juppé est un homme raisonnable, calme, maître de lui. Mais il ne réglera pas nos problèmes, car il est issu de la même équation. Par contre, je ne me contente pas d’accuser le système politique ou les élites, malgré leur lourde responsabilité. C’est l’impossibilité d’affronter un certain nombre de problèmes en y apportant des solutions constructives qui nous plonge dans une crise telle que je ne crois pas qu’elle ait eu beaucoup de précédents.

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Entretien

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Marcel Gauchet : “La demande d’État continue d’être forte mais les gens ne veulent plus de l’État à l’ancienne”

Entretien avec Marcel Gauchet publié par Acteurs publics le 8 mars 2016.
Propos recueillis par Bruno Botella et Sylvain Henry.

Dans un entretien exclusif à Acteurs publics, le philosophe et historien analyse la nouvelle attente des citoyens vis-à-vis de l’État depuis la vague d’attentats, l’évolution des services publics, la transparence, notre système de nominations… Il dresse un constat d’échec de la “décentralisation à la française”, faute de contre-pouvoirs locaux.

La période que nous vivons depuis les attentats de 2015 en France peut-elle recréer un lien de confiance entre les citoyens et leurs responsables publics ? 
Nous assistons, de la part des citoyens, à une sorte de prise de conscience de la fonction de sécurité publique. Cette dimension s’était diluée avec la disparition de l’horizon de la guerre. Il faut savoir que toute l’organisation publique depuis des siècles s’était définie sur des impératifs constitutifs du pouvoir régalien de la défense nationale. Avec un renforcement de principe avec la Révolution française, car cette fonction de défense devient aussi celle des citoyens. C’est alors l’affaire de tous. Cela a évidemment été le cas au XXe siècle, avec ses guerres terribles, et jusqu’à une date récente. La grande rupture, c’est la fin de la guerre froide. Et puis, avec la vague terroriste de 2015, la fonction de sécurité retrouve une certaine acuité. Qui s’est d’ailleurs extraordinairement manifestée par le plébiscite de la police et de l’armée, fonctions qui n’avaient plus forcément la cote ces dernières années. La grande nouveauté, c’est la réappropriation de cette nécessité de sécurité. À partir de là, il faut distinguer les institutions, les fonctions et leurs titulaires. La fonction régalienne rentre dans l’indiscutable, les institutions qui la manifestent retrouvent une popularité qui peut surprendre et, dans le même temps, est-ce que les dirigeants politiques retrouvent la confiance des citoyens ? Sur le fond, j’ai des doutes…

Vous dénoncez souvent l’incapacité ou le manque de volonté des responsables politiques à prendre en compte les évolutions de notre époque. La période sécuritaire que nous vivons peut-elle faire évoluer les choses ?

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La communauté des « amis » sur Facebook

Chers amis, nous avons décidé de créer une page Facebook ouverte sur laquelle nous allons progressivement déplacer l’activité « blog ».

Cette page est accessible à tous, y compris à ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, à l’adresse suivante : www.facebook.com/lesamisdemarcelgauchet

Si vous souhaitez être notifié automatiquement des nouvelles publications, les commenter, les relayer ou publier sur cette page, bref participer à la communauté des « amis », il vous sera bien sûr nécessaire de vous inscrire sur Facebook.

L’accès aux enregistrements inédits des séminaires de Marcel Gauchet à l’EHESS, de ses conférences et de ses interventions, comme à la bibliographie se fait toujours via ce site web.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires sur notre nouvelle page Facebook ou à l’adresse contact.at.marcelgauchet.fr

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Marcel Gauchet : « Le non-conformisme est globalement passé du côté conservateur »

Entretien avec Marcel Gauchet publié par Le Comptoir le 14 octobre 2015.
Propos recueillis par Kévin Victoire.

Extrait
La modernité est-elle nécessairement capitaliste et libérale ?

« C’est quoi au juste “libéral” ? C’est quoi “capitalisme” ? Il serait peut-être temps de se poser sérieusement la question avant de brailler en toute ignorance de cause.

Libéraux, nous le sommes en fait à peu près tous, que nous le voulions ou non, parce que nous voulons que tous soient libres de parler, de se réunir, mais aussi de créer des journaux, des radios, des entreprises pour faire fructifier leurs idées. La raison de fond de ce libéralisme qui nous embrigade, c’est que le monde moderne est tourné vers sa propre invention et que cela passe par les libres initiatives des individus dans tous les domaines. Et capitalistes, du coup, nous sommes amenés à l’accepter inexorablement parce que pour faire un journal, une radio, une entreprise, il faut des capitaux, des investissements, des emprunts, des bénéfices pour les rembourser, et ainsi de suite. Préférons-nous demander à l’État, à ses bureaucrates, et à ses réseaux clientélistes ?

Ce sont les données de base. Après, vient la question de la manière dont tout cela s’organise. Et sous cet angle, nous ne sommes qu’au début de l’histoire. Nous avons tellement été obsédés par l’idée d’abolir le libéralisme et le capitalisme que nous n’avons pas vraiment réfléchi à la bonne manière d’aménager des faits premiers pour leur donner une tournure vraiment acceptable. Voilà le vrai sujet. Il me semble que nous pouvons imaginer un capitalisme avec des administrateurs du capital qui ne seraient pas des capitalistes tournés vers l’accumulation de leur capital personnel. De la même manière, nous avons à concevoir un statut des entreprises qui rendrait la subordination salariale mieux vivable. Après tout, chacun a envie de travailler dans un collectif qui a du sens et qui marche. Mais il faut bien que quelqu’un prenne l’initiative de le créer et de définir sa direction. Arrêtons de rêvasser d’un monde où tout cela aurait disparu et occupons-nous vraiment de le penser. » (Marcel Gauchet)

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Entretien

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Marcel Gauchet en discussion

La journée de discussions autour de et avec Marcel Gauchet organisée en juin dernier à l’EHESS est désormais accessible en ligne.

À l’occasion de sa dernière année de séminaire à l’EHESS, le CESPRA et l’AMEP ont organisé une journée de débat autour de l’œuvre de Marcel Gauchet et en sa présence. Il s’agissait de mettre en perspective ses principales propositions dans le cadre de trois tables rondes thématiques : Religion, laïcité, fondamentalismes ; Mutations anthropologiques de l’individu contemporain ; Crise de la démocratie. Les interventions visaient autant à éclairer la fécondité des analyses gauchetiennes qu’à les soumettre à discussion. Marcel Gauchet a pris la parole à l’issue de chacune des tables rondes pour répondre aux questions qui lui avaient été posées, avant de prononcer la conférence de clôture intitulée « Pour la philosophie politique ».

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Les intellectuels ont-ils encore du pouvoir ?

Emission L’Atelier du pouvoir animée par Thomas Wieder et Vincent Martigny diffusée sur France Culture le 3 octobre 2015.

Que se passe-t-il dans la vie intellectuelle aujourd’hui ? Les intellectuels français ont-ils encore un pouvoir, et si oui lequel ?
Quel est leur rapport à la décision politique ?
Pour en parler, nous recevons Sudhir Hazareesingh, historien britannique, qui enseigne la science politique à l’université d’Oxford et auteur de Ce pays qui aime les idées (Flammarion, 2015) et Marcel Gauchet, historien, philosophe rédacteur en chef de la revue Le Débat.

Extrait
« Réactionnaire, cela désigne quelque chose de très précis. En gros, le courant contre-révolutionnaire qui s’oppose aux valeurs démocratiques fondamentales : raison, souveraineté du peuple, légitimité démocratique. Est-ce qu’il y a des réactionnaires de ce genre en France dans le paysage ? Franchement, je n’en vois pas beaucoup. Ils existent mais ils sont très clandestins.
Conservateur, c’est tout à fait autre chose. La différence entre réactionnaires et conservateurs est capitale. Les conservateurs sont tout simplement des gens qui sont face à l’évolution moderne dans une position de ralentissement. « Doucement, il faut être prudent. On ne sait pas où on va. Il faut faire ces choses avec lenteur, raisonnable, etc. » Est-ce qu’on a vraiment des conservateurs de ce genre en grand nombre en France ? En fait, il n’y en a jamais eu. Il n’y a pas de tradition vraie conservatrice en France sinon des exceptions qui n’ont pas pesé.
Ce à quoi nous avons affaire, et je pense que de ce point de vue le personnage vraiment exemplaire c’est Péguy, qui est d’ailleurs une référence commune à beaucoup des auteurs de la même mouvance. C’est-à-dire dire des gens qui se définissent de l’intérieur du camp du progrès globalement mais qui sont extrêmement alertés par les conséquences négatives de ce progrès. On peut être à l’intérieur du camp progressiste et cependant très attentif aux dérives qu’une version intempérante du progrès ou de la rationalité peut entraîner.
(…) Je me définis depuis toujours dans le camp du progrès. Mais je n’appartiens absolument pas à cette filiation. J’ai de l’admiration pour Péguy en tant que poète. En tant que penseur il ne me semble pas très convaincant. Il ne m’a jamais emballé. Mais en revanche, je reconnais la pertinence des avertissements qui nous viennent de cette famille de pensée qui ont souvent une grande pertinence même s’ils ont tendance à leur donner une version extrême et à les considérer comme insurmontables, ce que je ne crois pas. C’est précisément là qu’est la vraie démarcation. » (Marcel Gauchet)

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Revue Le Débat, n°186, septembre-octobre 2015

Le Débat 186

Au sommaire du Débat n°186 de septembre-octobre 2015, disponible dans son intégralité en version électronique moyennant un accès payant à cette adresse : https://www.cairn.info/revue-le-debat-2015-4.htm

Marcel Gauchet – Thomas Wieder, Hollande an III : obsession 2017 (un échange)

Le multiculturalisme comme réalité et comme politique :
Denis Lacorne, Aux origines du multiculturalisme américain. Le pluralisme ou la Kultur Klux Klan?
François Rocher, Multi- et interculturalisme. Les cas canadien et québécois
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, Quelle culture pour les sociétés multiculturelles? L’Inde et le Brésil : esquisse d’une comparaison
Alain Dieckhoff, Israël : une société multiculturelle sans multiculturalisme
Willem Frijhoff, Les Pays-Bas entre le «drame multiculturel» et l’identité multicolore
Serge Tcherkézoff, La culture sans essentialisme. L’exemple d’un «droit coutumier» dans la société multiculturelle de la Nouvelle-Calédonie
Richard Senghor, Normalisation de la «question noire»? Le cas français
Peter Schneider, La dérive de la gauche multiculturaliste. Le cas allemand
Dominique Schnapper, Quelle politique multiculturelle?
Mathieu Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique
Jean-Pierre Chevènement, Continuer à «faire France»
Thierry Tuot, Pendant le discours, la crise sociale continue…
Alain Renaut, Débattre du pluralisme culturel en France
Laurent Bouvet, Pour un républicanisme du «commun»
Alain Renaut, Réponse à Laurent Bouvet
Albert Bastenier, L’école en France devant la société ethnique

Mara Goyet, L’empreinte des faits divers

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Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes

« La société politique française n’a pas été capable de faire face au problème de l’immigration. Elle l’a longtemps évité. Elle ne s’en est finalement saisie qu’au travers de deux mouvements démagogiques de sens contraire, démagogie des mauvais sentiments avec le Front national, démagogie des bons sentiments avec S.O.S.-Racisme. Il faut préférer sans aucun doute les bons sentiments aux mauvais, mais il faut rappeler surtout que les sentiments, fussent-ils les meilleurs, ne font pas une politique. Allons-nous abandonner le terrain à l’affrontement du délire xénophobe et de la fantasmagorie égalitaro-différentialiste? Allons-nous laisser se développer ce dialogue de sourds où l’appel des nantis à la tolérance des démunis pour plus démunis qu’eux n’aboutit qu’à exaspérer leurs réactions de rejet? Ce qu’on ne peut ignorer, et ce devrait être le suprême argument, c’est que, au bout du compte, ce sont les immigrés réels qui paieront la facture de la dérive conflictuelle désormais enclenchée. Ne pourrait-on espérer que cette perspective ramène à davantage de raison leurs défenseurs dans l’imaginaire? »(…)
« Au plan des grands principes, de la « politique des droits de l’homme », les choses sont apparemment simples, il n’y a dans le monde que des individus libres de s’installer là où ils veulent. Il se trouve seulement que le monde est de fait organisé en nations et que nul du reste n’a jamais vu d’exercice des droits de l’homme ailleurs que dans un cadre national. Voilà où commence la difficulté. Elle est renforcée par le fait que certaines de ces nations, les nôtres, ont développé des systèmes de solidarité internes qui rendent l’effet de seuil vis-à-vis de l’extérieur encore plus marqué. L’État-providence, partout en Europe, est l’un des facteurs qui s’opposent à une approche libérale de l’immigration: va pour le modèle américain, mais allons au bout des conséquences en matière de protection sociale! Et toujours aussi a8u plan des grands principes, à l’intérieur de chaque nation, la loi – celle par exemple qui doit régir l’entrée et l’installation des nouveaux arrivants – doit être l’expression de la volonté générale. Fait partie des attributions du corps politique le pouvoir sur le mouvement des personnes susceptible de modifier sa composition ; l’on ne peut lui dénier ce pouvoir sans risquer qu’il se soulève. Retour à la case départ : la solution n’est pas dans les droits de l’homme qui ne font que poser la contradiction qui constitue tout le problème. »(…)
« L’ immigration continuera. À nous de savoir si ce sera sous une forme anarchique destinée à enfler encore une protestation xénophobe empoisonnant la vie civile et paralysant la vie politique ou sous la forme d’orientations publiques débattues comme telles et définies en fonction des besoins de la collectivité. Par exemple sous la forme de quotas, ainsi que le pratiquent, Jean-Claude Chesnais le rappelle, tous les grands pays d’immigration. Ce n’est pas d’un arrêt de l’immigration que nous avons besoin. C’est d’une maîtrise du processus de l’immigration permettant de le réinsérer dans la sphère de la souveraineté sociale. Le rejet cessera avec la dissipation de l’affolement de n’être pas protégé d’une pression qui échappe au contrôle. Ce ne sont pas les nobles sentiments ni les déclamations morales qui nous sauveront du ressentiment et de la violence, mais l’intelligence politique – l’intelligence, authentiquement machiavélienne celle-là, des principes profonds du pouvoir et du droit qu’il s’agit aujourd’hui de ressaisir et d’adapter à un monde nouveau. » (Marcel Gauchet)

Ci-dessus, quelques extraits significatifs d’un texte de Marcel Gauchet, « Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes », paru dans Le Débat en 1990. En 25 ans, les données du problème n’ont pas varié. Par contre, la contradiction qui les sous-tend, et que relève l’auteur, n’a fait que s’intensifier.

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Marcel Gauchet  : «Nous demandons à tort à l’école de faire tout ce que nous sommes incapables de faire»

Entretien publié dans L’Opinion le 1er septembre 2015.
Propos recueillis par Irène Inchauspé.

« L’Éducation nationale souffre d’une “réformite” contre-productive. La “réforme des réformes”, ce serait de ne plus en faire pendant un certain temps »

Historien et philosophe, Marcel Gauchet regrette la pauvreté des débats sur l’éducation et affirme que l’on a tort de demander à l’école tout ce que la société est incapable de faire. Une utopie dangereuse.

La rentrée scolaire s’accompagne d’un flot de critiques acerbes sur la réforme du collège. Que pensez-vous de ces débats ?

L’hystérisation du débat public n’est pas un problème propre à la France, mais chez nous, elle est particulièrement vive dans le domaine de l’éducation, en raison du rôle central de l’école dans notre système républicain. Si cette question est particulièrement brûlante, c’est aussi parce qu’elle se pose dans un monde où les gouvernements ont l’impression qu’ils n’ont plus de leviers de changement à leur disposition. Le dernier lieu où l’on pense pouvoir agir, c’est l’école. Si les générations futures sont mieux formées, si par exemple on leur a ôté de la tête des stéréotypes sexués, elles créeront un monde meilleur ! C’est le règne d’une utopie : celle de la transformation de la société par l’école. Or, il n’existe pas de magie scolaire. Nous demandons à tort à l’école de faire tout ce que nous sommes incapables de faire par ailleurs. Elle n’est que le reflet de la société et ne peut fonctionner à rebours de ce qui s’y passe.

Comment jugez-vous ces réformes sur le fond ?

L’erreur fondamentale a été de revenir une fois de plus à cette question du collège qui défraie la chronique depuis des années, en fait depuis la création du collège unique. Vincent Peillon avait pourtant fait le bon diagnostic : l’important, c’est ce qui se passe avant. C’était vraiment une erreur de se sentir obligé de rouvrir ce dossier avant de régler les questions qui se posent au primaire, notamment celle de l’apprentissage des fondamentaux. L’Éducation nationale souffre d’une « réformite » qui finit par être contre-productive, si bien que la « réforme des réformes », ce serait de ne plus en faire pendant un certain temps pour retrouver un peu ses esprits. Les mesures envisagées sont bricolées, ponctuelles, résultent de compromis chaotiques avec les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves et les normes internationales. Au final ne restent que désorientation et désorganisation. Il n’y a plus de direction visible ni de philosophie claire à laquelle les enseignants comme les parents pourraient se référer.

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